Le baroudeur range son sac-à-dos: sabbatique des voyages annoncées

janvier 15, 2008
Le baroudeur range son sac-à-dos: sabbatique des voyages annoncées 

Ça fait cliché ou eau de rose. Ça sonne comme un mauvais roman: je me sens comme un étranger chez moi… C’est que, depuis 4 ans, j’ai trimballé mon pack-sac à quelques reprises. Oh, pas 4 ans durant, remarquez.

 Maintenant, je suis de retour pour un bon moment. Je prends une sabattique indéterminée des voyages. Je vois la vie d’une drôle de manière. Je suis tellement sur une autre planète que je regarde les gens, même mes proches, comme si je me trouvais parmi une autre culture que la mienne. Pas toujours mais bon, vous voyez le topo.

 J’ai envie de savourer ce moment. Réapprendre à vivre chez moi! M’enraciner. Mais voilà. J’ai cet article à terminer – sur l’Afghanistan – qui m’angoisse. À vrai dire, tous mes articles qui portent sur l’international ont été douloureux à pondre. Sans exception. Peur de ne pas avoir saisi un peu d’une culture étrangère, peur de ne pas bien l’avoir rendue à l’écrit, peur d’être passé à côté du sujet, peur d’avoir mal transmis mes connaissances. Bref, je me mets une tonne de pression quand vient le temps de composer. Évidemment, je ne suis jamais pleinement satisfait. Comment rendre avec justesse – et justice! -, en quelques milliers de mots, mes liens avec ces autres cultures, mon regard, mes rencontres. Comment concilier la culture d’un pays et le sujet choisi? Alors j’angoisse devant cette tâche que JE considère titanesque. Pour la petite histoire, j’ai décidé, afin de répondre à mon besoin en ce sens, d’écrire un livre sur mes expériences délurées de voyage. J’ai en tête, et au coeur, la République démocratique du Congo, la Sierra Leone, le Vietnam, le Cambodge, Haïti, l’Afghanistan, les Phlippines, le Nicaragua et un peu de l’Europe. Se mêlent à ces pays les enfants soldats, le trafic sexuel, la guerre, la criminalité, l’insécurité sous toutes ses formes (santé, éducation, environnement, économie,..), la reconstruction d’un État. À cela se rajoutent des rencontres hors de l’ordinaire, des aventures dignes de films d’action! C’est ça, mes 4 dernières années.

J’ai vu, assez pour ne plus les apercevoir, des femmes à genoux, la main tendue vers le haut, espérant recevoir l’aumône. Jour après jour, semaine après semaine. Elles y resteront toute leur vie, si ça se trouve. Des enfants utilisés comme du vulgaire bétail à transporter des charges qu’un adulte comme moi ne parviendrai pas à soulever. Des gens qui, à longueur de vie, traîneront dans le coeur cette angoisse ancrée à jamais: vais-je pouvoir manger aujourd’hui? Mes enfants auront-ils de quoi se nourrir?

C’est ce genre de vie que j’ai côtoyée, ces dernières années. Alors pour moi, les problèmes de circulation, de grèves, les accrocs au boulot, ça me passe 10 pieds par dessus la tête. Je ne reproche en rien les gens qui en discutent, qui vivent ces problèmes. C’est là leur réalité. C’est juste moi qui cloche. Je suis encore ailleurs, voilà tout. Un étranger parmi les siens.

Pour m’enraciner, je me suis trouvé quelques moyens. Mon blogue, par exemple. Je n’y écris plus depuis belle lurette. Je vais m’y remettre. En espérant être en mesure, avant longtemps, de susciter un intérêt parmi les miens!

D’ailleurs, pour ceux qui, comme moi, se sont déjà sentis déconnectés… N’hésitez pas à me donner vos trucs! sait-on jamais, ça pourrait m’aider!

Sur ce, à demain… j’espère!


Trouve-toi une copine

mai 18, 2007

Trouve-toi une copine 

J’ai peu apporté de linge pour mon séjour. La chaleur et la poussière ont nuit à ma garde-robe. Un petit saut à l’épicerie pour y acheter des barres de savon à linge et hop, je suis propre pour une les jours qui vont suivre.

Alors que je me mets à l’ouvrage, les gardiens de sécurité du guesthouse où je suis hébergé me regardent incrédules. C’est le travil de la femme, qu’ils me disent avec dédain. Le sourire aux lèvres, je poursuis la besogne. Ils m’entourent pour mieux me regarder faire. T’as pas de copine pour laver ton linge? qu’on me demande.

Au moment de rinser mes vêtements dans le sceau, Raymond Pierre, l’un des gardiens, prend ma place. Attends, je vais te montrer comment on fait! En deux temps trois mouvements, le voilà à enlever le savon de mes pantalons, les tords. Technique parfaite! Il vient même m’aider à les suspendre sur la corde à linge.

M’est avis que sa copine l’a bien dressé!


On s’inquiète pour moi?

mai 18, 2007

On s’inquiète pour moi? 

Un petit mot pour rassurer tout le monde. Je vais bien. Tres bien meme (hormis les accents que je ne trouve pas sur le clavier…)!

J’ai pris le bus, a la haitienne, de Saint-Marc a Port-au-Prince en fin d’avant-midi.

Fourbu, presque pret au dodo – il n’est que 19h mais j’ai peu dormi en raison de la chaleur chez les soeurs! -, je suis venu voir mes courriels. Merde, voila que mon boss me dit qu’on est a ma recherche! M. Seminario, qui s’occupe du projet dans la communaute de Marmelade, n’a pris aucune chance en lisant mon message lui signifiant que je n’allais pas le voir vendredi. Comme je lui ai dit que j’avais ete victime d’intimidation sur le chemin de Petite-Riviere, et que je devais repasser par cet endroit 24 heures plus tard si je voulais me rendre le voir, j’ai prefere laisser tomber. Inquiet, il a telephone a l’ambassade du canada en haiti et au responsable del’ACDI egalement! Ils ont lu mon blogue (voir Intimidation en haiti) et se sont inquietes pour moi!

Comme c’est de l’histoire ancienne pour moi, que j’etais bien a l’aise lorsque je l’ai ecrit sur mon blogue, je n’ai pas pense a la reaction des gens… Dire que j’etais surpris il y a 15 minutes en lisant le message de Raymond est assez juste!

J’en ai pris bonne note, remarquez. Demain, j’ai rendez-vous a Petion-Ville en matinee. Je me promets une petite visite a l’ambassade en apres-midi et si M. L’Heureux, directeur du developpemt local pour l’ACDI en Haiti est disponible, j’irai lui rendre une petite visite!


Course folle en Haïti, 2e partie

mai 17, 2007

Course folle en Haïti, 2e partie 

Voilà déjà que je change mon plan de match. J’ai décidé de ne pas aller à Marmelade vendredi (voir texte Intimidation en haïti). Je rentre à Port-au-Prince. J’irai, à la place, voir le directeur de Développement International Desjardins à Pétion-Ville, pas très loin de la capitale.

J’ai pris cette décision à Petite Rivière. Je reviens en motocross avec Asner, le fondateur d’une ONG en prévention contre la domesticité, mieux connu sous le terme de Restavec. Petite parenthèse sur cette problématique… En Haïti, des familles pauvres donnent leur enfants – principalement les filles – à des familles plus fortunées pour qu’elles servent de domestiques. Ce faisant, ces enfants ne sont plus un fardeau pour la famille. Ils auront à manger et pourront même aller à l’école. On retrouve des problèmes d’exploitation, d’abus physiques et sexuels chez ces enfants qui, selon Asner, ont une vie encore plus misérable dans leur foyer d’adoption…

Fin de la parenthèse. Asner, donc, me reconduit à Saint-Marc pour que j’y prenne ensuite un bus en direction de la capitale. Sur le chemin du retour, je ne peux apprécier la balade. Je suis pourtant dans un pays magnifique, que je contemple pour la première fois. Rien à faire. Comme j’ai changé mes plans, je suis à me démener avec mon stress pour savoir comment diable je vais virer mon capot. Je remplace Marmelade par quoi?

Je ne sais trop si j’aurai la chance de revenir en Haïti et je m’interroge quant à mon travail… Pourtant, je sais que j’ai pris la bonne décision. J’aime mieux ne pas prendre la chance qu’il arrive quelqu’ennui avec les jeunes de carrefour Paye.

Calé contre mon sac à dos attaché serré à l’arrière de la moto, les pieds qui glissent constamment de mes supports, tentant de garder mon équilibre, je savoure enfin le moment. On verra bien de quoi demain sera fait.


Intimidation en Haïti

mai 17, 2007

Intimidation en Haïti 

Je me rendais de Saint-Marc à Petite Rivière, dans l’Artibonite. J’ai pas les moyens de m’offrir les services d’un chauffeur, comme la plupart des occidentaux présents en Haïti. Alors j’ai fait comme les gens de la place: j’ai pris le tap-tap, une camionnette où l’on s’entasse à 20 dans la boîte arrière.

Le départ est à Carrefour Paye. Il y a 3 personnes dans le véhicule. Tant qu’il n’est pas rempli, on attend. Ça pris 45 minutes avant qu’on décolle. Les plus longs 3/4 d’heures de ma vie. Il y avait plusieurs jeunes ados et adultes. l’air de petits durs ou de vrais costauds. Pas de menaces. Pas d’armes. Juste un regard chargé de haine, de violence. J’essayais de regarder ailleurs. Difficile à faire quand ils se relaient à tour de rôle pour venir me humer. Ils sa vent bien que je ne peux faire abstraction de leur présence. Alors je les regardais, même quand ils étaient plus loin, sans trop soutenir leur regard, toutefois.

J’étais seul, évidemment. Personne ne parlait vraiment le français. Je n’arrivais pas à leur répondre. Et je ne pouvais pas comprendre ce qu’ils me disaient ou ce qu’ils disaient de moi. Une totale impuissance. J’avais envie de m’enfouir quelque part. Je désespérais d’entendre le moteur ronronner, signe du départ.

Il n’est rien arrivé. On est parti juste au moment où l’un d’entre-eux vociférait je ne sais trop quoi contre les Français, en frappant son poing contre la paume de son autre main. Aucune idée de ce que ça signifiait. Personne, dans le tap-tap, n’a pris ma défense., Quelques-uns semblaient tout aussi mal à l’aise que moi. Au moins, aucun n’en rajoutait, n’encourageait mes petits durs à cuire. Je suis encore un peu secoué. Peut-être que je vieillis, que je ramollis. Je sais pas. J’ai vécu des situations objectivement plus dangereuses que celle-là. Mais c’est bien la première fois que j’ai peur de la sorte.

Ça m’a fait penser à Daniel Bossé, un Canadien né en Haïti. Mon voisin dans l’avion. Il vit à Montréal depuis près de 40 ans. Le premier noir à travailler à l’usine Wolverine, dans l’est de l’île. Il y est resté pendant 20 ans. Jusqu’à ce que l’usine ferme ses portes, il n’y a pas si longtemps. Il m’a raconté qu’il ne faisait pas l’unanimité, auprès de ses collègues de travail. Mais que la plupart étaient bien gentils avec lui, qu’il s’y est fait nombre d’amis. Moi, ça duré 45 minutes. Je devais reprendre un tap-tap le lendemain au même endroit pour me rendre à Marmelade. Je n’irai pas. 45 minutes m’ont suffit pour que je préfère ne pas prendre de chance. ne pas leur donner une deuxième chance de passer à l’acte. Daniel, lui, est retourné à l’usine tous les matins. Si ça se trouve, c’était pire encore pour lui.

En 45 minutes, j’ai pu comprendre ne serait-ce qu’une infime partie ce qu’ont pu ressentir les victimes de ségrégation. Chapeau bas, monsieur Bossé. Aujourd’hui, je réalise mieux que jamais à quel point vous avez bien du courage.


Belle rencontre à l’Acropolis

mai 17, 2007

Belle rencontre à l’Acropolis 

J’étais à potasser dans mes documents, dans la cour intérieure de mon hôtel, mercredi soir, quand débarquent deux Haïtiens. Le plus vieux, le révérend Jean Olbert, est missionnaire. Il vient de temps à autre à Montréal, où il descend dans le quartier Saint-Michel. Le plus jeune, son fils en l’occurence, s’appelle Vineh. À 28 ans, il est maire de la petite bourgade Saint-Louis du Sud.

Vineh est venu à Port-au-Prince rencontrer le ministre de l’intérieur de même qu’il va participer à une rencontre des maires avec le président rené Préval. Vineh aimerait attirer les touristes dans sa municipalité. Il me vante ses plages, la tranquilité de sa municipalité. Mais saint-Louis du Sud est pauvre. Il n’y a pas d’hôtels pour recevoir les touristes. Pas même d’électricité. Considérant les problèmes du pays, il sait qu’il ne fait pas partie des priorités de son gouvernement. La sécurité, bien qu’elle s’améliore grandement, est au centre des préoccupations. L’économie du pays est très mal en point. Il y beaucoup à faire avant de ramener les touristes dans ce pays le plus pauvre des Amériques.


Course folle à Haiti

mai 15, 2007

Course folle à Haiti 

Voilà une semaine que je suis en République d’Haïti. J’aurais bien aimé remplir mon blogue depuis mon arrivée, mais internet m’a donné beaucoup de misère… Et j’ai tellement de sujets, des petits comme des grands!

Comme j’anticipe le pire, c’est-à-dire ne pas être en mesure de publier tous mes messages à l’instant en raison d’un autre problème de connection, j’ai envie de dresser le portrait des 3 semaines à venir. Exercice intéressant car il permettra, à mon retour, de voir si mon séjour s’est déroulé tel qu’anticipé sur le terrain!

Alors voilà! Je suis présentement à Saint-Marc, à quelque 100 km de la capitale Port-au-Prince. Je quitte demain en matinée pour Petite Rivière de l’Artibonite. Je vais y découvrir un orphelinat tenu par les Peites soeurs de Sainte-Thérèse dont certains enfants sont parrainés par des Québécois pour qu’ils puissent aller à l’école. Je compte y demeurer deux jours. Les Soeurs vont me loger au pensionnat.

Jeudi matin, je quitterai pour Marmelade, toujours en Artibonite, où je vais voir un projet d’agriculture qui allie respect de l’environnement et prise en charge par la communauté. Je me laisse un petit lousse, question de m’assurer de rencontrer le grand manitou du projet de même que les gens de l’endroit. Je compte quitter mardi de la semaine prochaine pour regagner Port-au-Prince. Le mercredi (23 mai), j’aimerais rencontrer des organisations de la société civile qui défendent les droits des femmes et qui cherchent à réformer le système de justice. Haïti est plutôt désorganisé, de sorte que les citoyens ne savent trop de quelle façon faire entendre leur voix. C,est l’aspect qui m’intéresse.

Le 24, je suis censé avoir rendez-vous avec une responsable des communications à la MINUSTAH, la mission des nations unies de stabilisation en Haïti. On va regarder comment organiser les rencontres des différents secteurs qui m’intéressent, soit la section de désarmement et de démobilisation pour les groupes armés qui sévissent dans les bidonvilles et sèment l’insécurité, la section qui s’occupe de la réforme de la justice, la police de l’ONU qui voit à la sécurité et la formation des policiers haïtiens, des gens qui veulent assurer le développement tant du pays que des bidonvilles, d’autres qui s’occupent d’environnement. On m’a même offert de rencontrer les personnes responsables de ces dossiers au sein du gouvernement haïtien. De plus, il faudra regarder quand j’irai avec l’ONU sur le terrain à plusieurs endroits du pays. Grosse commande!

Le 25 mai, j’ai une rencontre avec la responsable d’un hôpital de Médecins sans frontières Canada, dans l’un des quartiers les plus chaudes de la capitale. Je dois établir le contact avec ses homologues qui font de même à Cité Soleil et Martissant, les bidonvilles les plus dangereux du pays…

À travers toutes ces rencontres, je dois aussi penser trouver du temps afin de rencontrer à Pétion Ville le directeur de Développement International Desjardins pour me renseigner sur des projets de développement économique en Haïti.

Là, je me demande bien comment diable j’arriverai à boucler ces rencontres et visites terrain en trois semaines. Je me croise les doigts pour que certains acceptent de me donner de leur temps lors des weekends, sinon je risque de manquer de temps…

J’ai bien hâte de voir, à la fin de mon séjour, comment j’aurai réussi à agencer mon horaire, et à quel point les imprévus vont changer mon séjour… pour le meilleur ou le pire!


CAP SUR HAITI

mai 8, 2007

CAP SUR HAITI

Me voilà à nouveau reparti. Cette fois, destination Haiti pour 4 petites semaines. Vu le nombre de personnes et organismes que je vais rencontrer, mon séjour risque de passer vite.

Mon sujet est assez large. Parler de l’impact des conflits sur la société, ça signifie s’intéresser à l’économie, l’éducation, la justice et les droits de l’homme, la santé, l’environnement et j’en passe! Je vais également traiter de l’impact que ça cause sur l’aide internationale. Sur le travail des coopérants dans des conditions de sécurité déficientes. Juste démêler ces différents domaines, et garder un fil conducteur entre eux sera un beau défi journalistique!

J’ai également l’intention de me promener passablement à travers le pays. Port-au-Prince et son bidonville Cité Soleil, l’Artibonite, les Gonaĩves, Pétion-Ville, peut-être l’extrémité nord (Cap-Haitien), Jaqmel au sud…

Non, ce ne sera pas 4 semaines de vacances! Trop à découvrir pour prendre le temps de me faire dorer au soleil sur la plage. Ce sera pour une autre fois.

En même temps, je vais apprendre de ma démarche. Car début juillet, je me dirige en Colombie et à la mi-septembre, c’est en Afghanistan que je traînerai mon baluchon. Trois pays donc qui ont chacun leur propre contexte. Trois pays dont les problèmes causés par l’insécurité causent bien des maux de tête à la société civile et l’aide aux populations.

J’espère apporter un peu de compréhension sur les difficultés de pays chaotiques et sur les solutions mises de l’avant pour les aider à rétablir un minimum de sécurité.

Un gros et beau défi qui s’offre à moi après avoir tâté de la problématique des enfants soldats et des gangs de rue ainsi que celle du trafic des êtres humains.

Dominic